Un parcours marqué par la persévérance, la transmission et la volonté d'ouvrir la voie aux jeunes talents  
     
     
 

À l'occasion du concert unique qu'elle animera le 3 mars prochain à la salle Ibn Khaldoun, à Alger, Beihdja Rahal revient sur ses choix artistiques et son engagement en faveur de la nouba. Forte de trente années de carrière et de trente albums exclusivement consacrés à ce répertoire, elle évoque, dans cet entretien, un parcours marqué par la persévérance, la transmission et la volonté d'ouvrir la voie aux jeunes talents. Entre scène, formation et préservation du patrimoine, la diva de la musique andalouse défend un art vivant, porté par une nouvelle génération qu'elle accompagne avec générosité et exigence.

Vous allez animer un concert unique à Alger, à la salle Ibn Khaldoun, le 3 mars prochain. Pourquoi un concert unique ? Et que proposerez-vous au public ?

La préparation d'un concert, lorsqu'une nouba est au programme, demande du temps et du travail. Je préfère rester concentrée sur une seule date et essayer de réunir tout mon public algérois dans la même salle pour que ça soit un concert-évènement. Je donne toujours priorité à la nouba en début de spectacle puis des pièces que le public aime écouter en ce mois sacré de Ramadan, le med'h.

 

Pour ce concert, vous invitez la jeune Romaissa Kaid Youcef, lauréate du troisième prix du Concours de la fondation Abdelkrim-Dali 2024. Est-ce pour vous une manière d'encourager la relève ?

C'est ma manière d'encourager cette jeune génération. Romaissa est lauréate du concours d'une fondation connue et reconnue. Elle a été formée dans les associations musicales andalouses, elle a besoin d'être présentée au grand public.

J'ai invité Nassima Haffaf [en 2022] puis Asma Ait Chaabane l'année suivante. Cette génération a besoin de modèles à suivre. Elle a besoin d'être guidée et encadrée si elle souhaite faire carrière. Elle a besoin de se sentir soutenue par ses ainés pour avancer. Je suis là pour elle comme mes maîtres étaient là pour moi.

 

Vous avez célébré en 2025 vos 30 années de carrière et la sortie de votre 30è album. Quel regard portez-vous sur votre parcours??

Parler de 30 albums, que des noubas, en 30 ans de carrière, c'est une fierté pour moi. Lorsque j'ai sorti mon 1er album en 1995, jamais je n'ai pensé arriver au 30e. A partir du 4e, on a commencé à tiquer. Mon premier défi était donc, de prouver que la femme pouvait avoir le même statut que l'homme dans ce domaine longtemps cité au masculin. Ça ne veut pas dire que c'est gagné !

 

Vous êtes la première artiste à avoir enregistré 30 albums exclusivement dédiés aux noubas andalouses, dont un cycle de Mezdj. Quelle est la prochaine étape ?

J'ai entamé le cycle du Mezdj en 2017 et je l'ai bouclé en 2024. Avec ces 30 noubas, je n'ai pas encore tout enregistré, il reste une bonne partie du patrimoine çanaa. C'est un vœu que je souhaite réaliser Inchallah.

 

Vous vous investissez dans la transmission à travers la formation notamment. Vous avez créé l'association «Rythmeharmonie» en France et donnez des cours, et depuis septembre 2023, vous animez des masterclass à l'académie ACIMA à Alger. Pourriez-vous évoquer cet aspect de votre parcours ?

La transmission est devenue ma priorité. Former les jeunes, c'est assurer la relève. Après des années d'apprentissage au conservatoire puis dans les associations, j'ai commencé par interpréter des noubas sur scène puis à les enregistrer sur K7 audio et CD. Ce n'est pas suffisant si on veut laisser une empreinte dans la préservation du patrimoine andalou. Avec une formation musicale solide et une expérience scénique, mon devoir est de transmettre.

Rythmeharmonie est une école qui œuvre à former une relève au sein de la communauté algérienne en France. Nous avons une centaine d'adhérents par saison, c'est une très belle satisfaction. Ça prouve que l'algérien reste très attaché à sa culture, ses traditions et à son identité malgré l'éloignement.

Au sein de l'académie ACIMA, j'assure un accompagnement personnalisé adapté au niveau, au parcours et aux objectifs de chaque participant. Les masterclasses, qui s'adressent aux adultes comme aux enfants, sont un véritable espace de transmission et de perfectionnement.

 

Selon vous, quel est l'état actuel de la musique andalouse ?

Les écoles et les associations de musique andalouse sont de plus en plus nombreuses et sur tout le territoire algérien, c'est une très bonne chose. C'est de cette manière que nous pourrons préserver ce patrimoine. Nous avons quand même besoin d'encadrer et de soutenir ses écoles, car le but premier de chacune est la formation.

 

Vous avez fait partie d'un jury à l'émission «Alhane Wa Chabab», que retenez-vous de cette expérience ?

Nous avons suivi 20 candidats pendant deux mois. 20 candidats, aussi doués les uns que les autres, sélectionnés parmi des centaines à l'échelle nationale. C'était une très belle expérience qui m'a fait découvrir des talents extraordinaires, il était d'ailleurs très difficile pour nous de choisir mais il fallait le faire ! L'Algérie est une pépinière qui attend d'être mise en lumière. « Alhane wa Chabab » le fait si bien.

 

Entretien réalisé par Sara Kharfi
"L'ALGERIE AUJOURD'HUI" mardi 24 février 2026