Un concert suspendu aux cordes de la nouba |
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Beihdja Rahal à la salle Ibn Khaldoun : un concert suspendu aux cordes de la nouba Mardi soir, la salle Ibn Khaldoun à Alger a vibré au rythme de la voix magistrale de Beihdja Rahal, qui a su suspendre le cours du temps. Dans une soirée entièrement consacrée à la nouba, la grande figure de la musique andalouse a livré au public un moment de pure émotion, empreint de grâce et de virtuosité. Cette prestation s'inscrit dans le cadre du programme culturel initié par l'établissement Arts et Culture de la wilaya d'Alger témoignant de la vitalité et de la richesse de notre patrimoine musical. Alors que de nombreux artistes choisissent de multiplier les concerts durant le mois sacré, Beihdja Rahal a, pour sa part, fait le pari inverse : celui de l'unicité. Concentrée sur une seule date, elle a voulu faire de cette soirée un véritable événement, réunissant l'ensemble de son public algérois dans ce lieu chargé d'histoire. Un choix audacieux mais payant, qui a transformé la salle Ibn Khaldoun, comme à l'accoutumée, en écrin d'une communion entre l'artiste et ses fans. Avec les premières notes, le silence s'est fait recueillement. La voix de Rahal, claire et puissante, a enveloppé l'assistance, portant avec une authenticité rare des mélodies plusieurs fois centenaires. Fidèle à sa rigueur, elle a ouvert le concert par une nouba, offrant d'emblée au public toute la profondeur et la complexité de ce répertoire savant. Puis, avec la générosité qu'on lui connaît, elle a glissé vers des pièces que le public algérois aime particulièrement entendre en ce mois de Ramadhan : le med'h. Entourée de musiciens maîtrisant les instruments traditionnels comme le oud, le violon, le qanun et les percussions, elle a conduit son public à travers les méandres du style musical qui a fait sa renommée. Chaque inflexion, chaque silence semblait peser, fruit d'une recherche minutieuse de l'harmonie et d'un profond respect de la tradition. Car Beihdja Rahal n'est pas qu'une interprète, formée dès l'enfance à Alger, elle est devenue l'une des gardiennes les plus rigoureuses du patrimoine arabo-andalou. Un parcours hors norme que résume un chiffre éloquent : 30 albums, que des noubas, en 30 ans de carrière. Son art repose sur une connaissance encyclopédique des écoles du territoire national, sur une étude patiente des manuscrits anciens et des traditions orales. Cette science, elle la met au service d'une expression profondément vivante : sous ses doigts et dans sa voix, les cycles rythmiques les plus complexes et les architectures savantes de la nouba deviennent accessibles au cœur, sans jamais perdre de leur exigence. Cette volonté de transmission, Beihdja Rahal l'a incarnée de la manière la plus concrète qui soit en invitant à ses côtés une jeune espoir de la musique andalouse. La talentueuse Romaïssa Kaïd Youcef, lauréate du troisième prix du concours de la Fondation Abdelkrim Dali en 2024, a partagé la scène avec la diva, offrant un dialogue émouvant entre générations. Un geste symbolique fort, qui rappelle que ce patrimoine séculaire ne demande qu'à être transmis à la relève. Au-delà de la scène, c'est cette même exigence qui guide son travail de transmission. Ateliers, enregistrements, recherches musicologiques : tout chez elle vise à préserver un répertoire précieux du risque de l'oubli. Chaque concert est aussi une leçon, non pas scolaire, mais sensible, une invitation à entrer dans l'intimité d'un art qui ne demande qu'à être partagé.
Mehdi Kaouane |
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